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« Hors du Hezb, point de salut ». Militer au féminin au sein du Hezbollah libanais.

Dossier: 
Gender Equity Network
Author(s): Erminia Chiara Calabrese
Abstract: 
Cet article raconte l’histoire des femmes qui vivent dans la banlieue sud de Beyrouth et qui, à un certain moment de leur vie, ont décidé de s’engager au sein du Hezbollah. Il analyse la pluralité des motivations, des parcours de vie et des types d’engagements, tout en reconstituant le système symbolique et quasi liturgique qui conditionne et entretient la mobilisation politique pour ce parti. Ce phénomène politique est ici appréhendé dans une dimension sociohistorique, « par le bas », par ses militantes, femmes et mères. Si la première partie de l'article analyse les modalités de leur engagement au sein du Hezbollah, la deuxième partie explore la dimension subjective de leur engagement. Il s’agit ici de voir comment ce dernier est vécu au quotidien par ses femmes et quel sens elles donnent au parti et à leur propre engagement, en prenant appui sur des entretiens réalisés auprès de militantes du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, depuis 2006, des observations effectuées dans cette banlieue lors de commémorations, célébrations et dernièrement de funérailles des membres du parti.
Keywords: Hezbollah, Women's Movement, Gender Roles, Activism & Engagement, Political Parties

To cite this paper: Erminia Chiara Calabrese, "« Hors du Hezb, point de salut ». Militer au féminin au sein du Hezbollah libanais.", Civil Society Knowledge Centre, Lebanon Support, 2017-05-01 00:00:00.
[ONLINE]: http://civilsociety-centre.org/paper/%C2%AB-hors-du-hezb-point-de-salut-%C2%BB-militer-au-f%C3%A9minin-au-sein-du-hezbollah-libanais

Full text: 
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Des femmes participant à un rassemblement à Dahieyh, Beyrouth Sud (Credit: Preethi Nallu, image source: www.al-monitor.com)

Chaque jeudi, après la prière du soir, des femmes seules ou en petits groupes défilent dans les rues de Ghobeyri, municipalité de la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh). Elles se dirigent vers le cimetière Rawdât al-shahîdayn[1] (le jardin de deux martyrs) pour se recueillir sur les tombeaux de leurs proches. Dans ce cimetière, aujourd’hui on y trouve également les tombes, devenues lieux de pèlerinage, de Hadi Nasrallah[2], d’Imad Mughniyeh[3] et son fils Jihad[4], ainsi que d’autres martyrs de la Résistance[5]. Sur chaque tombe figurent, à peu d’exceptions près, une photo du martyr, son lieu de naissance et fréquemment l’opération durant laquelle il est tombé. Sur d’autres plaques, on peut lire l’inscription « martyr tombé alors qu’il était en train d’accomplir son devoir de jihâd », formule utilisée par le Hezbollah lors de la mort d’un militant, souvent combattant, mais sans nécessairement se référer à la seule lutte militaire. À côté de ce cimetière s’étale une longue avenue bordée de vitrines aux enseignes lumineuses et de petits fast-foods et cafés, fréquentés notamment par les jeunes du quartier.

C’est ici, dans ce cimetière, que j’ai rencontré pour la première fois Hajje Mariam[6], une femme d’une cinquantaine d’années, peu après la guerre de 2006[7]. Elle se trouvait à côté du tombeau de son fils Hasan, 22 ans, tombé en martyr sur le champ de bataille pendant cette guerre. Les larmes aux yeux, elle nettoyait la pierre tombale et n’arrêtait pas d’embrasser la photo de son fils. Je me suis rapprochée et elle m’a alors invité à m’asseoir sur une chaise en plastique, accessoire que l’on retrouve devant les tombeaux. C’est là qu’elle commença à me raconter son histoire; l’histoire de son fils et de leur engagement bil-muqâwama (dans la Résistance), une expression couramment utilisée par les militants du Hezbollah pour expliquer leur engagement au sein de ce parti :

« Le jour où Israël a décidé d’agresser pour une énième fois le Liban, je savais que mon fils s’engagerait dans le combat. Il avait fait sa carrière dans le Hezbollah comme combattant et il ne pouvait pas donc faire autrement. Mais le jour où des responsables du parti se sont présentés à ma porte, je n’ai pas voulu ouvrir, car je savais déjà la nouvelle qu’ils venaient   m’apprendre. […] J’ai alors demandé à mon fils aîné d’ouvrir la porte et quand, de la cuisine, j’ai entendu que mon fils Hasan était tombé en martyr dans le sud du pays contre l’ennemi. J’ai commencé alors à crier, car je ne voulais pas entendre cela.  En fait, il n’y a pas de douleur plus atroce pour une mère que celle de perdre son fils. » 

Hajje Mariam arrête son récit, ne pouvant retenir ses larmes. Les autres femmes présentes dans la salle du cimetière s’approchent d’elle, l’embrassent en silence. Je saurais plus tard que ces femmes partageaient avec Hajje Mariam la même histoire, la même douleur d’avoir perdu un fils, un mari, un frère dans la lutte.

Basé sur l’histoire de femmes qui vivent dans la banlieue sud de Beyrouth et qui, à un certain moment de leur vie, ont décidé de s’engager au sein du Hezbollah, cet article vise à analyser la pluralité des motivations, des parcours de vie et des types d’engagement, tout en reconstituant le système symbolique et quasi liturgique qui conditionne et entretient la mobilisation politique pour ce parti. Il appréhende ce phénomène politique « par le bas », par ses militantes, par ses femmes et par ses mères, en privilégiant la dimension subjective de cet engagement.

Pour ce faire, la première partie de cet article analysera les modalités d’engagement au sein du Hezbollah dans le cas des femmes. Etant donné que le statut de membre du parti est seulement réservé aux hommes[8], la formation des femmes ne suppose pas de sessions militaires, condition nécessaire pour être membre du parti[9]. Mais cela n’empêche  pas pour autant les femmes de militer dans le parti, de suivre une formation militante, de participer à des activités et parfois d’occuper des postes importants, sans toutefois être des membres. 

La deuxième partie de l’article explorera la dimension subjective de cet engagement. Il s’agit ici de voir comment cet engagement est vécu au quotidien et le sens que ces femmes donnent au parti et à leur engagement. 

Cette contribution s’appuie sur une ethnographie réalisée auprès des militantes du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth depuis 2006, ainsi que sur des observations effectuées dans cette banlieue lors des commémorations, des célébrations et dernièrement des funérailles des membres du parti.

L’action politique et publique du Hezbollah a transformé au cours des années certains quartiers de Dahiyeh en un milieu où la conception dominante du monde est celle du parti; cette conception qu’il a d’ailleurs fini par imposer comme une « norme »[10]. La bonne implantation du Hezbollah dans ce territoire s’accompagne de la présence de différents réseaux de proximité et d’associations du parti, qui vont non seulement dispenser des avantages matériels aux militants du parti (bykhaddim al-nâs)[11], mais aussi  fonctionner, pour certains habitants de la banlieue, comme des «structures de médiation», contribuant ainsi à la prise en compte des idées, des valeurs et de l’idéologie du parti.

Dans certains quartiers de la banlieue sud, on peut également trouver des magasins qui vendent des gadgets et des souvenirs du parti: colliers, bracelets, pendentifs représentant des symboles du Hezbollah, livres et cassettes, photos et portraits de Hasan Nasrallah mis en scène de différentes manières (en costume militaire, en père de famille tenant un enfant dans ses bras, saluant la foule lors d’une de ses rares apparitions publiques).

L’espace, dans cette banlieue de la capitale libanaise, est saturé par l’affichage de portraits de martyrs du parti, quand ce ne sont pas les rues qui portent les noms de chefs de la Résistance ou de martyrs, comme « l’autostrade Sayyid Hadi » rebaptisée en hommage à Hadi Nasrallah. On y trouve aussi des plaques à l’entrée de bâtiments, indiquant le lieu de résidence d’un martyr du Hezbollah, ou des monuments érigés en hommage aux martyrs qui se transforment en lieu de mémoire.

Certaines stigmatisations veulent faire de Dahiyeh un territoire «isolé de la capitale, sale, anarchique, illégal, habité par des islamistes chiites pauvres associés au Hezbollah et qui sont sous influence iranienne »[12]. En 2006, quand l’aviation israélienne bombarde à plusieurs reprises des quartiers entiers de cette banlieue avec l’objectif d’« éradiquer le Hezbollah », elle ne fait que renforcer ces représentations.

Toutefois, Dahiyeh est en réalité « un lieu où s’exercent diverses subjectivités plus ou moins proches du parti de Dieu, plus ou moins contestataires, plus ou moins visibles et provocatrices[13] ». Son espace socio-économique est mixte[14], et elle est habitée par une population libanaise, à majorité chiite et à minorité chrétienne, mais aussi par des Palestiniens, des Soudanais, des Irakiens et des Syriens. Si le Hezbollah est, dans cette banlieue, un acteur politique hégémonique depuis 1989, il l’est toutefois dans une relation faite de concurrence et de complémentarité avec le mouvement Amal[15], dirigé par Nabih Berri.  Dahiyeh est aussi habitée par des militants d’autres partis politiques, notamment du Parti social-nationaliste syrien et du Parti communiste libanais même si leurs effectifs ont progressivement diminué.

À l’école du parti

Chaque semaine, entre vingt et trente femmes prennent place dans une salle située dans une des municipalités de cette banlieue pour assister, deux heures durant, aux cours que le Hezbollah donne aux femmes qui désirent militer dans le parti. En rang sur des chaises en plastique marron, elles écoutent Battul, une femme dans la cinquantaine qui, depuis cinq ans, a été investie par le parti de s’occuper de la formation des militantes, au moins dans ce quartier. Elles écoutent attentivement et en silence, tandis que Battul alterne dans son discours le dialecte libanais et l’arabe littéraire avec une voix douce et familière. Dans le public, on trouve des employées, des femmes au foyer, mais aussi plusieurs jeunes étudiantes, toutes désireuses de bien accomplir leur mission dans ce parti.  Le public est très varié sur le plan socio-économique comme générationnel. La plupart ont entre trente et quarante ans, et, pour les plus jeunes, vingt ans. Les tenues sont elles aussi variées. Certaines portent un long manteau noir qui couvre tout le corps (‘abâya)[16], d’autres un long manteau de couleur sombre avec un voile fleuri ou à teinte unie, tandis que d’autres femmes portent une longue chemise et un pantalon. Le calme que l’on respire dans cette salle contraste avec les cris des enfants, les bruits des voitures et les motos qui proviennent de dehors. On a ici l’impression d’être coupé du monde.

Ces sessions appelées « sessions culturelles » (dawrât thaqâfiyya) sont censées présenter la vision que le parti a de la société, tout comme son interprétation de l’islam chiite. Les cours sont ainsi axés sur, en plus du chiisme, la wilâyat al-faqîh[17], l’histoire, la philosophie, la politique, l’histoire des prophètes, des Imams et de ’ahl al-bayt[18], l’histoire du Liban, l’histoire de la Palestine et la politique actuelle.  

Manal, une militante de vingt-deux ans, explique à cet égard les thèmes principaux de cette formation : 

« Pendant cette formation, en plus des thèmes très généraux sur comment faire la prière et les ablutions, la lecture du Coran ou la vie des imams, l’on nous explique aussi par exemple l’importance de porter le voile comme le souhaite le parti, ainsi que la ‘abâya, même si, concernant cette dernière, le parti a adouci sa position ces dernières années. Ce n’est pas seulement la question du port du voile, mais aussi sa signification et son importance que nous comprenons ici. Nous apprenons comment éduquer nos enfants selon notre engagement religieux et comment soutenir nos maris qui sont engagés dans le combat armé, car notre soutien est essentiel»[19].

Leila, une autre militante, explique :

« Pendant la formation qu’on suit au parti, on apprend, dans un premier moment, les principes généraux de la vision du chiisme à laquelle adhère le Hezbollah. C’est un niveau très simple qui nous explique comment bien accomplir cette mission. Puis, il y a d’autres sessions qui sont axées plus spécifiquement sur le rôle que le parti propose de la femme dans le parti et dans la société. Le travail d’éveil politique, culturel et idéologique revient surtout aux femmes qui veulent occuper une haute position dans le parti. Ces cours qui interviennent à des niveaux plus avancés dans le parti sont importants, car ils nous permettent aussi d’obtenir l’autorisation de donner plus tard des cours de religion[20] ».

Le statut de membre du parti est, comme nous l’avons évoqué, seulement réservé aux hommes[21]. La formation des femmes ne suppose pas de sessions militaires, condition nécessaire pour être membre du parti, et les femmes ne peuvent, du moins actuellement, participer au combat armé. Plusieurs responsables du parti avancent que « maintenant, en l’état actuel des choses, il n’y a pas de nécessité à recruter les femmes pour prendre part au combat »[22]. Même si cela n’empêche pas, comme on peut le lire dans l’un des manuels utilisés lors de la formation militante, que :

« Si un jour nous avons besoin d’affronter l’ennemi au point que les hommes et les femmes majeurs, travailleurs et même les malades portent les armes pour combattre cet ennemi [...], tous, hommes et femmes, devront participer. Il n’y aura pas besoin de l’autorisation de l’Imam infaillible ou de son délégué particulier. » [23] 

Naim Qassem, le secrétaire général adjoint du parti, le confirme :

« Certaines (femmes) avaient réclamé que leur soit offerte l’occasion  de porter les armes et de participer aux combats. Cependant, l’investiture légale au sujet du devoir de la lutte ne les inclut pas lorsque le nombre d’hommes atteint est suffisant et que leur participation n’est pas nécessaire. Le rôle de la femme se situe à l’arrière du front, dans le soutien et la mobilisation; ce qui est mieux adapté à son aptitude corporelle, au regard de la répartition des rôles entre la femme et l’homme. Sa rétribution auprès de Dieu n’en est aucunement diminuée puisque la rétribution dépend de l’investissement et que la femme l’accomplit à partir de sa position »[24].

Cela n’empêche pourtant pas les femmes de militer dans le parti, de suivre une formation qui, à la différence de celle réservée aux hommes, n’a pas de délais précis, tout comme de participer à des activités et parfois d’occuper des postes importants.

Il est à noter qu’au début, le Hezbollah n’avait pas de structures pour encadrer le travail des femmes. C’est pourquoi, elles s’occupaient plutôt d’organiser des événements, des commémorations du parti ou de donner des cours de religion. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. Les comités féminins (al-hay’ât al-nisâ’iyya) constituent la structure organisationnelle qui encadre les activités des militantes dans le parti. Ces comités travaillent dans les villages et les villes, et consacrent leur travail surtout à l’aspect éducationnel. Si les femmes ne sont pas encore présentes sur le champ de bataille ni dans le majlis al-shûra[25], elles occupent tout de même des postes dont certains sont importants. En décembre 2004, le Hezbollah a, pour la première fois de son histoire, nommé une femme, Rima Fakhry, parmi les 18 membres du Conseil politique. De même, le parti a nommé Wafa Hutayt, adjointe du Bureau de l’Information centrale du Hezbollah.

En plus de cette formation, les activités des femmes au sein du parti sont plurielles: elles concernent outre l’éducation, la mobilisation des autres femmes, le travail lors des élections législatives et municipales, l’organisation des célébrations, etc.

Al-dîn al-haqîqî : un islam qui englobe la totalité de la vie

« Ce que le Hezbollah a amené n’est pas la religion, mais une façon différente de vivre notre religion […]. Avant l’arrivée du Hezbollah, l’ambiance (al-jaww) était différente de celle d’aujourd’hui. Nous savions bien sûr que nous étions musulmans, mais notre façon de pratiquer l’islam était tout à fait différente: on jeûnait pendant le mois de Ramadan, car il fallait le faire et c’était tout. Avant, nous le savons tous, les chiites étaient engagés surtout dans des partis de gauche et nationalistes […]. Je me souviens qu’avant, la majorité des filles de mon quartier ne portaient pas le voile […]. Ici, à Chiyyah, on ne trouvait pas de magasins de voiles, nous allions dans la rue Hamra ou dans le quartier de Barbir pour en acheter. Je me souviens qu’au début, les voiles étaient d’une seule couleur, on n’en trouvait pas de toutes les couleurs pour les assortir aux vêtements comme aujourd’hui. Je me souviens aussi que les vêtements des filles pratiquantes, c’est-à-dire les jupes longues et les chemises à manches longues, nous les faisions coudre par les couturiers, car dans les boutiques, elles n’étaient pas aussi jolies qu’aujourd’hui. […] Plus tard, la famille Murtada a ouvert à Chiyyah le premier magasin qui vendait des voiles. Je me souviens que ces voiles étaient importés d’Iran et d’Irak. [...] À propos de la religion et de la façon de la pratiquer, je veux aussi dire qu’avant, les familles n’éduquaient pas leurs enfants à la religion: si tu voyais dans la rue une fille voilée, tu pensais automatiquement qu’elle appartenait à la famille d’un cheikh et que c’était donc presque une obligation pour elle de porter le voile. » (Battul, 23 avril 2008, Chiyyah)

Avec l’arrivée du Hezbollah, l’islam a pris, aux dires de plusieurs femmes, une «expression différente» (al-’islam sâr ‘anduh ta‘bîr mukhtalif). Elles l’expliquent par le fait que cette vision de la religion et ses rites s’intéresse à tous les aspects de la vie d’un individu, et non seulement à la dimension proprement religieuse. Ces femmes engagées au Hezbollah parlent de «religion authentique» (al-dîn al-haqîqî)[26], qui s’oppose à la pratique traditionnelle de la génération précédente, la «religion normale» (dîn ‘âdî). Cette dernière peut être comprise comme une vision banale du chiisme, détachée du temps présent. Les remarques de Battul peuvent être analysées, comme le dit Saba Mahmood à propos des participantes au «mouvement de piété», comme une critique de la forme dominante de religiosité avant l’arrivée du  Hezbollah, «où l’islam est traité comme un système de valeurs abstraites qui […] joue un rôle secondaire dans l’organisation pratique de la vie quotidienne[27]».

À ce propos, Lara Deeb souligne que beaucoup d’habitants de la banlieue sud adhèrent à un « islam authentique », résultant d’une transformation perçue par les habitants « dans leurs pratiques et les interprétations religieuses, une transformation qui est un aspect clé dans la conceptualisation du changement social et des dynamiques de l’identité chiite dans le monde contemporain »[28]

Dans leurs conversations quotidiennes, les militantes du parti insistent sur cette nouvelle vision de l’islam – plus particulièrement du chiisme – et sur les pratiques religieuses que le Hezbollah a introduites : un islam qui n’est jamais ignoré et qui embrasse tous les aspects de la vie. Une façon de pratiquer l’islam que Thurfjell, à propos des Basiji iraniens, appelle «all-encompassing religion », car elle devient « un cadre qui englobe chaque pensée et chaque activité »[29]. Naim Qassem, vice-secrétaire général du Hezbollah, affirme que le parti propose un engagement dans l’islam qui agit «comme un projet de vie complet» (ka-mashrû‘ mutakâmil fi-l-hayât), «une religion qui guide aussi les comportements dans la vie quotidienne et dans la vie publique »[30].

Ces nouvelles pratiques religieuses s’inscrivent également dans la banlieue sud de Beyrouth, et elles sont vectrices de changement (taghyîrât) de l’ambiance, comme le disent respectivement Yemen et  Jamal, deux militantes :

« Je suis née à Dahiyeh et quand le Hezbollah est arrivé toute l’atmosphère a changé, car les garçons sont devenus très pratiquants et dans les mosquées les imams ont commencé à beaucoup insister auprès des jeunes filles pour qu’elles portent le voile. […] Après les avoir observés un moment, je me suis engagée dans le parti et je me suis voilée, car j’étais enfin convaincue de mon geste. Je travaille maintenant dans une de leurs associations et c’est avec eux que j’ai appris la vraie religion, c’est avec eux que je me sens, en tant que femme, utile dans ma société. »[31].

« Quand le Hezbollah est arrivé, nous avons vécu un grand éveil religieux qui a bien sûr été influencé par la révolution iranienne de Khomeyni. Pour moi, franchement, tout cela a été vécu d’une façon un peu différente, car je viens d’une famille de cheikhs. À neuf ans, je portais déjà le voile puisqu’étant fille de cheikh, j’étais presque obligée de le porter. Je me souviens que j’étais gênée devant mes copines, car elles ne le portaient pas. Je n’étais pas non plus consciente de ce choix. Je me souviens que j’étais inscrite dans une école de ‘Ain Rummaneh, chez les chrétiennes et j’ai dû changer d’école. […] Aujourd’hui, je suis fière de porter le voile et je ne suis plus gênée, car je vois que les gens ont compris le vrai sens de la religion et donc la raison de se voiler. Avant quand les gens voyaient une fille voilée, ils disaient que c’était sans doute sa famille qui l’avait forcée tandis que maintenant, une fille voilée est respectée. C’est toute l’ambiance maintenant qui a changé. »[32]

Pour Yemen et Jamal, l’engagement au sein du Hezbollah s’est accompagné d’un regard réflexif sur les raisons de leur adhésion au parti. Si pour Yemen, ce sont les cours de religion de sa formation militante qui l’ont rendu possible, pour Jamal, déjà fille de cheikh, l’arrivée du Hezbollah a représenté une « prise de conscience ultérieure ». Elles prennent l’exemple du port du voile, qui s’est trouvé revalorisé avec l’arrivée du parti[33]. Lorsqu’elle parle du voile, Jamal marque cette «distance», cette «rupture» entre un «islam authentique» et un «islam traditionnel». Elle affirme que maintenant «elle se sent à l’aise avec son voile et elle n’est plus gênée comme avant». Elle insiste sur le fait que, dorénavant, son choix de porter le voile est conscient, à l’inverse de l’époque où elle le portait en tant que « fille de cheikh » ; sans en comprendre vraiment la signification, car c’était «un geste presque automatique». Il est souvent dit, à propos des militants du parti, «qu’ils comprennent la religion»  (byfhamû bil-dîn).

Par ailleurs, cette religion se distingue par sa pratique, dans le sens où elle se conçoit également comme un ensemble de signes, de codes et de normes qui régissent la vie individuelle et collective au quotidien. Deeb s’y réfère comme « piété publique », qui articule valeurs religieuses, sociales et politiques[34].

Cette nouvelle forme de religiosité a fait comprendre, comme l’avait déjà noté Deeb lors de son enquête à Dahiyeh, « pourquoi tu fais ce que tu fais »[35] la pratique est également devenue un moyen de «développement personnel»[36] et de « réalisation d’un soi pieux ».

La religion devient ainsi une manière d’être et d’agir, qui inspire tous les actes de la vie quotidienne. Plusieurs femmes insistent sur le fait que pendant les sessions culturelles du parti elles apprennent aussi « comment se comporter, quelle conduite tenir pour faire ressortir cette religiosité dans leurs vie personnelles et publiques ».

La complexité entre l’articulation de cette «religion authentique» et les activités quotidiennes ressort de cette conversation entre deux femmes, l’une militante au sein du Hezbollah et l’autre non. La première, Zaynab, explique à Maryam ce que veut dire «vivre la religion comme le Hezbollah le veut», lui démontrant dans quelle mesure l’islam est « une religion complète » (dîn mutakâmil) qui recouvre tous les aspects du quotidien, et qui d’ailleurs est désormais présente dans toutes ses activités :

« Observe tes actes au quotidien. Depuis que j’ai commencé à travailler pour une association du parti et que je me suis engagée au sein du Hezbollah, tout mon quotidien a changé. La religion est maintenant présente dans tous les actes de ma vie [...]. Tout à l’heure, tu l’as vu, j’étais dans la cuisine lorsqu’un verre est tombé par terre. J’ai tout de suite pensé que ce verre était devenu najis (impur) et je l’ai donc nettoyé pour qu’il devienne tahar (pur). C’est seulement un petit exemple […]. Ton comportement et tes actes quotidiens envers les autres deviennent meilleurs. Quand je fais le bien pendant la journée ou, par exemple, quand je peux aider des gens dans le besoin à l’association où je travaille, je fais ce que la religion m’enseigne. Quand tu donnes de l’argent à qui en a besoin, tu fais ce que l’Imam Ali nous a enseigné, car il était très généreux envers tous. Quand, le matin, tu te lèves et que tu fais ta prière, maintenant tu le fais consciemment. Ou quand tu t’occupes à la maison de tes parents, de tes enfants et de ton mari, tout cela veut dire aussi que tu es une femme forte et que tu contribues dans un certain sens au bien-être de notre communauté. La religion rend aussi altruiste. Tout cela vient de l’exemple de nos imams. »

Il ne s’agit pas ici seulement d’enseigner aux autres militantes la bonne façon d’accomplir les obligations religieuses, mais surtout, comme le souligne Saba Mahmood « de leur apprendre la manière d’organiser leurs conduites quotidiennes conformément aux principes de la piété islamique et du comportement vertueux»[37].

Cette piété englobe tous les aspects de la vie sociale et toutes les sphères de vie : du style vestimentaire, de la façon de parler, de l’éducation des enfants, jusqu’au mode de gestion du foyer, rôle de la femme dans la société, rapport au travail, et divertissements autorisés etc.

« Le courage et la fidélité de Sayyida Zaynab : un modèle pour nous toutes »

« L’imam Khomeyni a obligé la femme à sortir de la maison pour accomplir ses devoirs, l’homme ne pouvait plus ainsi lui interdire de sortir. Sayyid Abbas Mussawi, l’ex-secrétaire général du Hezbollah, n’avait pas d’objection à aider sa femme dans la maison, si elle devait sortir pour des réunions au sein du parti ou participer à des activités sociales. [...] Suivant l’exemple d’Abbas Mussawi, plusieurs militants que je connais à Dahiyeh ne refusent pas de partager les tâches domestiques avec leurs femmes et ne font pas non plus obstacle à  leur travail au sein du parti[38] ». 

La vision du chiisme propagée par le Hezbollah a aussi donné une nouvelle place et un nouveau rôle à la femme dans la société. Les femmes s’investissent maintenant au sein de leurs communautés, elles les soutiennent en défendant leurs principes.

À de multiples occasions, ces femmes insistent sur le rôle que l’imam Khomeyni avait donné aux femmes lors de la révolution iranienne, car il «s’est inspiré directement des exemples tirés du Coran et de la vie des grandes saintes de l’islam, Fatima al-Zahrâ’[39] et sa fille Zaynab, sans lesquelles l’islam n’aurait pas pu se maintenir dans son authenticité». Pour certaines militantes, Fatima «avait des qualités morales que seuls le Prophète Mohammad et les imams ont connues[40] ».

Il faut donc défendre sa communauté comme l’a fait Zaynab, la sœur de Husayn, devant Yazid, «le calife usurpateur» à Damas.

Après la mort de Husayn et de ses compagnons à la bataille de Karbala, Zaynab fut emmenée captive, avec les autres prisonnières, devant le calife à la cour de Damas. «On porta la tête de Husayn au calife qui commença à jouer avec, du bout d’un bâton. Zaynab alors se leva et dit : “Comment oses-tu toucher à cette tête, à ces lèvres que le prophète a si souvent baisées ?” »[41].  S’en suit un discours qui, selon les militantes qui le rapportent, prouva le courage de cette femme dressée devant le pouvoir usurpé. Devant le calife Yazid et l’assemblée, Zaynab défendit a famille et la mémoire du prophète ainsi que l’honneur de Husayn[42] :

« Use de tes stratagèmes, élargis tes intrigues, déploie tous tes efforts ! Par Dieu ! Tu n’effaceras pas notre mémoire, tu ne mettras pas à mort notre révélation. Ton avis ne sera que réduit à néant, tes jours sont comptés et ton groupe ne sera que dispersé, le jour que celui qui appelle n’appellera que la malédiction de Dieu sur les oppresseurs »[43].

L’attitude de Zaynab à Karbala et les mots qu’elle prononça devant le calife « prouvent  le courage  de cette femme[44]». Zaynab est l’image de la femme restée forte dans l’épreuve, elle est un modèle dans la passion chiite de Karbala, car c’est grâce à son courage que le message de Husayn a pu être transmis aux générations suivantes. Pour ces femmes, elle est devenue un modèle aussi parce qu’ «elle a souffert à Karbala. Et c’est pour cela qu’on la sent proche, car elle a su supporter la perte de toute sa famille avec dignité ».

Les militantes ont un rôle très actif dans les organisations du parti et leurs réseaux éducatifs; elles sont d’ailleurs de plus en plus visibles. Seules les sphères de décision militaire et politique souffrent encore de leur absence. Questionnée sur leur absence sur le champ de bataille, Maya explique :

« Pendant la bataille de Karbala, Zaynab a rejoint son frère sur le champ de bataille, mais Husayn lui a tout de suite dit de rentrer au campement pour soigner les enfants et les autres femmes. […] Elle a sauvé à plusieurs reprises le fils de Husayn, Ali Zayn al-Abidin[45], qui était malade, car Shimr a voulu le tuer plus d’une fois. Elle l’a également sorti de la tente à laquelle on avait mis le feu. Nous devons soutenir cette résistance en travaillant dans les associations du parti qui soulagent les combattants blessés et suivre ainsi l’exemple de Zaynab. » (Maya, 12 avril 2008, Haret Hreik)

Maya définit le champ de bataille comme un champ qui appartient exclusivement aux hommes, « tandis que le rôle de la femme était celui de porte-parole, celui de préserver et de transmettre le message de Husayn »[46]. Le discours de mobilisation du Hezbollah joue un rôle à ce niveau, mettant en valeur cette figure de la femme qui tient tête à l’oppression. Pour Maya tout comme pour les autres femmes rencontrées, l’engagement au sein du parti et dans les activités qu’il propose est perçu comme un devoir, dans la droite ligne de la tradition chiite à laquelle ces femmes appartiennent. Les exemples de Sayyida Fatima et Sayyida Zaynab sont régulièrement cités.

Ces femmes qui, pendant plusieurs années, ont partagé avec moi leurs histoires de vie et leur parcours ont constamment décrit l’engagement au sein du Hezbollah et l’adhésion à la vision de l’islam que le parti propose comme une manière de vie (uslûb al-hayyât), une manière d’agir qui inspire tous leurs actes, religieux et mondains, et donne un sens à leur vie. Beaucoup d’entre elles donnent l’idée d’un engagement englobant par l’expression « ma fi shi barrât al Hezb[47] » (Hors du Hezbollah, point de salut).  Ces femmes admettent que c’est grâce au Hezbollah et en assistant aux cours dispensés par le parti qu’elles ont aujourd’hui acquis les compétences nécessaires pour une prise de conscience de leur rôle dans la famille et dans la société.

 


[1] Ce cimetière fut bâti en hommage à deux jeunes hommes tués en mai 1975 lors de combats entre les quartiers de Ain al-Remmaneh et Chiyyah dans la banlieue sud de Beyrouth. Voir Monzer Jaber,  « Les guerres des cimetières dans la banlieue sud », in Franck Mermier, Christophe Varin (dir.), Mémoires de guerres au Liban (1975-1990),  Arles, IFPO/Sindbad/Actes Sud, 2010, p. 365-389.  

[2] Fils aîné de Hasan Nasrallah, tombé au combat en 1997 dans le sud du Liban. Le corps de Hadi Nasrallah, est restitué par Israël en 1998, avec les dépouilles d’autres combattants, lors d’un échange de prisonniers.

[3] Chef militaire du Hezbollah assassiné à Damas le 13 février 2008.

[4] Jihad Mughniyeh, 25 ans, sera assassiné le 18 janvier 2015 lors d’un raid héliporté israélien dans la région de Kuneitra, dans le Golan syrien, avec cinq autres combattants : Mohammad Ahmad Issa, 43 ans, commandant militaire ; Abbas Ibrahim Hijazi, 36 ans ; Mohammad Ali Hasan Abu Hasan, 30 ans ; Ghazi Ali Daoui, 27 ans et Ali Hasan Ibrahim, 22 ans.

[5] Tout au long de cet article, j’utiliserai le mot Résistance en majuscule pour parler de la Résistance islamique du Hezbollah.

[6] Tous les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des personnes rencontrées.

[7] Le 12 juillet 2006, Israël, prenant comme prétexte l’embuscade mortelle et l’enlèvement subséquent de deux de ses soldats à la frontière occidentale séparant le Liban d’Israël dans la région de Khalat Warde, à proximité du village de Ayta Cha’ab, lance une opération militaire de grande envergure sur le Liban, avec comme objectif initial l’« éradication » du Hezbollah et la destruction du « cancer terroriste ». Dans l’après-midi du même jour, Hasan Nasrallah tient une conférence de presse au cours de laquelle il affirme que les combattants du Hezbollah ont tenu parole et ont réussi à capturer deux soldats israéliens afin de les échanger contre des Libanais détenus dans les prisons israéliennes. Il donne à cette opération le nom d’al-wa ‘d al-sâdiq (la promesse sincère). Nasrallah déclare aussi être prêt à conclure un cessez-le-feu et à entamer des négociations indirectes pour l’échange de prisonniers. Lors de cette conférence de presse, le secrétaire général du parti précise que le Hezbollah n’a pas l’intention de mener le Liban dans une guerre, car cette opération a un seul objectif, à savoir la relance des négociations indirectes pour l’échange de prisonniers. Le 14 juillet, Israël impose un blocus aérien, maritime et terrestre au Liban, détruit les principaux ponts du pays, bombarde le siège de la chaîne al-Manâr et la banlieue sud de Beyrouth. Israël affirme que ces bombardements se poursuivront jusqu’à la libération des deux soldats sans négociation. Ces bombardements cesseront le 14 août avec l’entrée en vigueur du cessez le feu de l’ONU. Voir sur cette guerre Franck Mermier et Elizabeth Picard, Liban ; une guerre de 33 jours, Paris, Editions La Découverte, 2007 ;  Nubar Hovsepian  (ed.), The War on Lebanon: A reader, Northampton, Olive Branch Press, 2008.

[8] Sur ce sujet, voir Erminia Chiara Calabrese, Militer au Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, Beyrouth/Paris, Ifpo/Karthala, à paraitre Septembre 2016.

[9] Naim Qassem, Mujtama‘ al-muqâwama, ’irâdat al-’istishhâd wa sinâ‘at al-’intisâr [La société de la Résistance, la volonté du martyre et la fabrication de la victoire], Beyrouth, Dâr al-ma‘ârif al-hikmiyya,  2008, p. 63-64.

[10] Voir Mona Harb, Le Hezbollah à Beyrouth (1985-2005). De la banlieue à la ville, Paris, Beyrouth, Karthala/IFPO, 2010. 

[11] Ibidem.

[12] Conversations avec plusieurs résidents de Beyrouth.

[13] Mona Harb, « La banlieue du Hezbollah: un territoire détruit, une lutte renouvelée »,  in Franck Mermier  et  Elizabeth Picard (dir.), Liban : une guerre de 33 jours, Paris, La Découverte, 2007 p. 40.

[14] Voir la revue al-Dahîyya, Avril 2010.

[15] Le mouvement Amal reste très actif à Ghobeyri et Burj Barajne.

[16] Le port de l’abaya pour les femmes n’est pas obligatoire chez le Hezbollah mais est fortement recommandé. Voir Huseyn Abu Rida, al-tarbi’a al-hizbiyya al-’islâmiyya, hizbullâh namûdhajan, (L’éducation partisane islamique. L’exemple du Hezbollah), Beyrouth, Dâr al-Amîr, 2012.

[17] Guidance du théologien-juriste, théorie de Khomeyni, walî al-faqîh dont le successeur est Khamenei. Cette guidance s’applique dans tous les domaines du spirituel et du temporel.

[18] Littéralement, « gens de la maison », désigne la famille et les descendants du prophète Muhammad.

[19] Entretien de l’auteure, le 12 avril 2009, Chiyyah.

[20] Entretien avec l’auteure, le 12 Mai 2010, Haret Hreik. 

[21] Pour la formation réservée aux hommes dans le parti, voir Erminia Chiara Calabrese, Militer au Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, op.cit.

[22] Plusieurs militantes interviewées ont exprimé leur souhait de pouvoir un jour elles aussi s’adonner à des tâches militaires. Certaines ont expliqué que dans les premières années, mêmes les femmes suivaient des entraînements militaires, mais que Hasan Nasrallah a ensuite annulé cette décision. Il faut noter que ce point n’a pas été confirmé par des cadres du parti. Dans l’organisation Basij en Iran, Khomeiny, préoccupé par les nouvelles qui arrivaient de la guerre en Irak, décide en 1985 que les femmes pourraient aussi participer au combat armé et aller au front « pour assister les hommes dans la défense de la nation ». Quelque temps après fut établie au sein de Basij « l’Organisation des Sœurs basiji (Basij-e khaharan). Voir Fatemeh Sadeghi,« Foot Soldiers of the Islamic Republic’s ‘Culture of Modesty’ », Middle East Report, 250, 2009, p. 51.

[23] Voir al-Ma‘ârif al-’islâmiyya p. 75.

[24] Naim Qassem, Hezbollah : la voie, l’expérience, l’avenir, Beyrouth, al-Bouraq, 2008b, p.67.

[25] Ce conseil est l’organe le plus important du parti et il est composé de sept membres. Il a pour tâche de « définir les objectifs et la ligne politique, d’accompagner les plans généraux de l’action du parti et de prendre les décisions politiques ». ibid.., p.91.

[26] Sur cette question, voir Dalal el-Bizri, L’ombre et son double, Beyrouth, CERMOC, 1995. Voir aussi Lara Deeb, An Enchanted Modern: Gender and Public Piety in Shi’i Lebanon, Emory University, 2003.

[27] Saba Mahmood, Politique de la piété. Le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique, Paris, Editions La Découverte, 2009, p. 75.

[28] Lara Deeb, op.cit., p. 2. 

[29] David Thurfjell, Living Shi’ism : Instances of Ritualisation among Islamist Men in Contemporary Iran, Leiden, Brill, 2006.

[30] Naim Qassem, op.cit., 2008a, p. 73.

[31] Entretien de l’auteure, 22 Février 2011, Chiyyah.

[32]  Entretien de l’auteure, 3 février 2011, Chiyyah.

[33] Le voile et la façon de le porter représentent au Liban un marqueur d’identité. Sur les différentes façons de porter le voile, voir Roschanak Shaery - Einsenlohr, Constructing Lebanese Shi’ite Nationalism: Transnational Shiism and the Lebanese State, Thèse de doctorat, University of Chicago, 2005, p.250 et Lara Deeb, op.cit., p. 110.

[34] Lara Deeb, op.cit., p.5-6.

[35] Ibidem

[36] David Thurfjell, op.cit., p. 57.

[37] Saba Mahmood, Politique de la piété. Le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique, Paris, Editions La Découverte, 2009, p. 15.

[38] Hajje Wafa’, entretien avec l’auteure, 12 Avril 2008,  Ghobeyri.

[39] Fatima al-Zahrâ’, fille du prophete Mohammad, femme de l’imam Ali et mère de l’imam Hasan et Husayn, qui assurent la descendance du prophète.

[40] Le dogme chiite fait de Fatima l’une de quatorze «impeccables» ou «infaillibles» qui ne commettent pas de fautes, les treize autres sont le prophète et les douze imams. Voir Mohammed Ali Amir-Moezzi, Le Guide divin dans le shi’isme originel. Aux sources de l’ésotérisme en Islam, Paris, éd. Verdier, coll. « Islam Spirituel », 1992, p. 73-75.

[41] Sabrina Mervin, « Fâtima et Zaynab, deux Dames de l’islam chiite », L’éternel féminin au regard de la cathédrale de Chartres, Actes du colloque européen, (30/6 - 1/7 2001), AACMEC, Chartres, 2002, p. 117.

[42] Pendant les commémorations du drame de Karbala, durant le mois de Muharram, des représentations théâtrales de la bataille de Karbala mettent aussi en scène la capture de Zaynab, son arrivée à Damas et son discours auprès du calife.

[43] La tragedie de Karbala. Le martyr de l’Imam Hussein, Beyrouth, Beit al-Kateb, 2007, p. 315.

[44] Le discours tenu par Zaynab devant le calife Yazid est souvent repris par les cadres du Hezbollah, qui l’utilisent comme ressource de mobilisation. C’est le cas de Hasan Nasrallah, pendant la guerre de juillet 2006. Ce discours a été très retravaillé, « il n’y a certainement que peu de vrai dans celui qui est parvenu jusqu'à nos jours. Peu nous importe, puisque c’est le personnage mythique qui est porteur de sens ». Sabrina Mervin, op.cit., p. 117.

[45] Ali Zayn al-Abidin deviendra le quatrième Imam des chiites.

[46] Aghaie 2004, p.112.

[47] Hezb est le diminutif du Hezbollah.

 

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About the author(s):
Erminia Chiara Calabrese:

Erminia Chiara Calabrese est post-doctorante LabexMed à l’Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) à Aix-en-Provence. Ses travaux portent principalement sur la sociologie de la mobilisation et celle de l’engagement. Elle travaille également sur le chiisme politique.

Parmi ses publications : « Al-Ghâlibûn: le Hezbollah et la mise en récit de la ‘société de la résistance’ au Liban », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée 134, décembre 2013 ; « Hizb Allāh: muqāwamah or le tournant culturel », La Rivista di Arablit, III, 5, 2013 et Militer au Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, Beyrouth/Paris, Ifpo/Karthala, à paraître en 2016.